Alors la Poésie est venue

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UnPetitBoutDeNous
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La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognant, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,
Il rêve d’échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

Au Lecteur
Baudelaire
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UnPetitBoutDeNous
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Nobody a écrit : 24 févr. 2021, 18:11 Quand les cloches du soir, dans leur lente volée,
Feront descendre l'heure au fond de la vallée ;
Quand tu n'auras d'amis, ni d'amours près de toi,
Pense à moi ! pense à moi !

Car les cloches du soir avec leur voix sonore
A ton cœur solitaire iront parler encore ;
Et l'air fera vibrer ces mots autour de toi :
Aime-moi ! aime-moi !

Si les cloches du soir éveillent tes alarmes,
Demande au temps ému qui passe entre nos larmes :
Le temps dira toujours qu'il n'a trouvé que toi,
Près de moi ! près de moi !

Quand les cloches du soir, si tristes dans l'absence,
Tinteront sur mon cœur ivre de ta présence :
Ah ! c'est le chant du ciel qui sonnera pour toi,
Et pour moi ! et pour moi !

Les cloches du soir par Marceline Desbordes-Valmore
Magnifique! :)
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UnPetitBoutDeNous
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Marche,
N’arrête pas de marcher
D’ouvrir des portes
De soulever des pierres
De chercher dans les tiroirs de l’ombre
De creuser des puits dans la lumière

Cherche,
N’arrête pas de chercher
Les traces de l’oiseau dans l’air
L’écho dans le ravin
L’incendie dans les neiges de l’amandier

Tout l’ignoré
Le caché
L’inconnu
Le perdu

Cherche
Tu trouveras
Le mot et la couleur de ton poème

Ton poème
Jean-Pierre Siméon
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UnPetitBoutDeNous
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Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère
Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l'humanité grouille en ferments orageux,

On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête
Butant, et se cognant aux murs comme un poète,
Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Épanche tout son cœur en glorieux projets.

Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
Terrasse les méchants, relève les victimes,
Et sous le firmament comme un dais suspendu
S'enivre des splendeurs de sa propre vertu.

Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage,
Moulus par le travail et tourmentés par l'âge,
Éreintés et pliant sous un tas de débris,
Vomissement confus de l'énorme Paris,

Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles,
Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles
Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux.
Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux

Se dressent devant eux, solennelle magie !
Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie
Des clairons, du soleil, des cris et du tambour,
Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour !

C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole
Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ;
Par le gosier de l'homme il chante ses exploits
Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois.

Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !

Le vin des chiffonniers
Baudelaire
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Nobody
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Mon amour, attendez

Lorsque vous oublierez que vous m’avez tenue
Captive entre vos mains, comme une chose à vous,
Lorsque vous serez las de mon amour très doux,
Pour le dire, attendez que la nuit soit venue.

Vous ne pourrez pas voir mon visage défait,
Ni mes yeux désolés, ni ma bouche tremblante,
Car l’ombre voilera ma douleur accablante ;
Attendez que le soir soit venu tout à fait.

Attendez que le vent fasse gémir les arbres,
Et pleurer dans leurs nids tous les oiseaux des bois,
Et vous n’entendrez pas les sanglots de ma voix,
Ni le cri de mon cœur plus glacé que les marbres.

Attendez que l’orage ait assombri les cieux,
Et qu’il pleuve très fort, près de nous, sur la route,
Et dans la nuit, vous confondrez sans doute,
Avec les pleurs du ciel, les larmes de mes yeux.

Un jour vous oublierez que vous m’avez tenue
Captive entre vos mains, comme une chose à vous,
Alors pour me le dire, ayez des mots très doux ;
Attendez, mon amour, que la nuit soit venue.

Ida Faubert
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L'amour caché.
Recueil : Mes heures perdues (1833)

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

À l'austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle
Quelle est donc cette femme ? et ne comprendra pas.


Félix Arvers
(1806-1850)
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suffragettes AB
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La chambre dans l'espace René Char


L'alphabet

Tandis que j'étais dans le froid des approches de la mort, je regardai comme pour la dernière fois les êtres, profondément.

Au contact mortel de ce regard de glace, tout ce qui n'était pas essentiel disparut.

Cependant je les fouaillais, voulant retenir d'eux quelque chose que même le
Mort ne pût desserrer.

Ils s'amenuisèrent et se trouvèrent enfin réduits à une sorte d'alphabet, mais à un alphabet qui eût pu servir dans l'autre monde, dans n'importe quel monde.

Par là, je me soulageai de la peur qu'on ne m'arrachât tout entier l'univers où j'avais vécu.

Raffermi par cette prise, je le contemplais invaincu, quand le sang avec la satisfaction, revenant dans mes artérioles et mes veines, lentement je regrimpai le versant ouvert de la
vie.

Henri Michaux
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Nous parasites gueules d’ange hirsutes increvables bagnards et des soleils blessés
Nous dépravés
Nous filles et fils maudits de leur grand rêve fracturé
Nous orphelins des révolutions orphelins d’un ancrage d’un ciel d’un foyer
Nous acrobates grimaçants et superbes
Nous qui excellons dans l’injure autant que dans la danse
Nous habiterons vaillamment ces territoires dépeuplés : que continue de croître la rose au milieu des ruines.

Pier Lampás, Vent d’ouest

https://pierlampas.com/2021/03/12/la-na ... es-droits/
La lutte elle-même suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
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--- a écrit : 30 mars 2021, 14:09 Nous parasites gueules d’ange hirsutes increvables bagnards et des soleils blessés
Nous dépravés
Nous filles et fils maudits de leur grand rêve fracturé
Nous orphelins des révolutions orphelins d’un ancrage d’un ciel d’un foyer
Nous acrobates grimaçants et superbes
Nous qui excellons dans l’injure autant que dans la danse
Nous habiterons vaillamment ces territoires dépeuplés : que continue de croître la rose au milieu des ruines.

Pier Lampás, Vent d’ouest

https://pierlampas.com/2021/03/12/la-na ... es-droits/
<3 merci du partage @---
après investigations est édité aux éditions abrupt, aux côtés d'Antonin Artaud et de Simone Weil entre autres, pas mal cette boutique https://abrupt.cc/?fbclid=IwAR2IHCXd5b- ... scp4-brW8o
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Nobody
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Sur le coteau, là-bas où sont les tombes,
Un beau palmier, comme un panache vert,
Dresse sa tête, où le soir les colombes
Viennent nicher et se mettre à couvert.

Mais le matin elles quittent les branches ;
Comme un collier qui s'égrène, on les voit
S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches,
Et se poser plus loin sur quelque toit.

Mon âme est l'arbre où tous les soirs, comme elles,
De blancs essaims de folles visions
Tombent des cieux en palpitant des ailes,
Pour s'envoler dès les premiers rayons.


Les Colombes - Théophile Gautier
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Nobody
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Les caresses des yeux

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

Auguste Angellier
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Meduse
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Chargée
De fruits légers aux lèvres
Parée
De mille fleurs variées
Glorieuse
Dans les bras du soleil
Heureuse
D’un oiseau familier
Ravie
D’une goutte de pluie
Plus belle
Que le ciel du matin
Fidèle

Je parle d’un jardin
Je rêve

Mais j’aime justement

Paul Eluard, Je ne suis pas seul
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Meduse
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Mathilde a écrit :
Dans la vie, j’aime.
Et plus j’aime, plus mon coeur est grand.
Et plus il est grand, plus j’aime.

J’aime parce que c’est beau d’aimer. Ça fait du bien d’aimer. Et on est beau quand on aime. Peut-être est-ce à cause du sourire que l’amour pose sur nos visages et dans nos yeux et dans nos âmes quand on aime ? Peut-être est-ce juste parce que donner, sans conditions, sans marchandage, sans arrière-pensées, juste donner, est d’une beauté sans pareil ?

Tu vois, toi que j’aime, je veux t’aimer pour nous libérer.
Te libérer toi, me libérer moi.
Et quand je te dirai « je t’aime », ça ne sera pas pour que tu me le dises. Ça sera pour que tu le saches. Et que tu l’entendes. Et que tu le reçoives.

Quand je te dirai « je t’aime », ça sera pour que tu l’emportes avec toi, et que tu en fasses ce que tu veux. De rien, à tout. Je te donnerai mon « je t’aime » comme une paire d’ailes avec lesquelles tu pourras t’envoler, près ou loin de moi, pour quelques secondes, quelques années, ou à jamais.

Toi que j’aime, je t’aime pour que tu sois libre d’aimer à ton tour. Peut-être moi, peut-être pas. Mais je t’aimerai parce que je veux de tout mon être que ton coeur puisse toucher du doigt la grâce qui me bouleverse quand le mien explose de cette joie si particulière qui nait dans l’amour.

Et comme on ne peut reprendre l’amour qu’on a donné, pas plus qu’on peut ravaler les paroles qu’on a prononcé, l’amour que je te donnerai, il sera à toi. Toujours. Et si un jour je t’ai aimé, alors je t’aimerai toute ma vie.

Bien sûr, à travers la porte grande ouverte de mon coeur rentreront des brigands, qui en voleront des bouts qu’ils ne méritent pas. Il piétineront peut-être même les terres sacrées de mon amour, certainement sans savoir ce qu’ils font. Peut-être même que certains me feront délibérément mal, parce qu’ils n’ont pas encore connu la liberté du véritable amour et qu’ils en souffrent. Peut-être qu’il y aura des larmes, et des tristesses, et des douleurs, oui.
Mais j’en ai déjà vécu. Et ça ne me fait pas peur. Vivre, ne me fait pas peur.
Car toujours, pour panser mes plaies, j’ai aimé.

J’ai aimé pour me réparer. J’ai aimé pour réparer d’autres. Et si toi, ton âme se fend ou se brise, je t’aimerai pour la guérir. Je t’aimerai pour te faire sourire à nouveau, et sécher tes larmes. Je t’aimerai pour t’entendre rire, et que le monde entende à quel point ton rire est beau.

Toi que j’aime, j’aimerai tout de toi, pour que tu aimes tout de toi. J’aimerai tes défauts comme tes qualités, j’aimerai tes hauts comme tes bas, j’aimerai les meilleurs comme les pires moments. J’aimerai tout, tout de toi, dans tes lumières comme dans tes ténèbres.
Je t’aimerai pour te protéger. Je t’aimerai pour te donner un refuge. Je t’aimerai pour que tu trouves en mon coeur la maison où tu pourras toujours revenir et où je t’attends les bras ouverts.

Toi que j’aime, prends mon amour. Il est la clé universelle qui ouvre toutes les portes. Prends mon amour, et jamais ne te sens coupable d’être aimé ou d’aimer toi même. Prends mon amour, et donne le tien comme je te donne le mien. Libère toi, et libère d’autres. Aime. Aime, aime, aime, de toutes les façons, de toutes les forces, mais aime pour aimer, n’aime pas pour être aimé.
L’amour se donne, il ne se troque pas.

Et toi que j’aime, regarde toi dans le miroir de mes yeux.
Regarde toi dans mon amour. Admire ton reflet. Ta beauté est sans pareille, à travers le prisme du coeur et de l’âme. Et vois, vois comme tu es libre. Libre d’aimer, libre de donner, libre d’accueillir.
 
Vois dans mon amour la beauté du tien.

La liberté est le plus beau cadeau de l’amour. Et toi que j’aime, toi qui est multiple, toi qui est ma mère, mon père, mon ami, mon aimé, mon amour de toujours ou d’un instant, mon frère de coeur ou de sang, mon inconnu ou mon ombre, mon proche ou mon lointain…

… je t’aime.
Et je suis libre parce que je t’aime.
Et je t’aime pour que tu sois libre.
Maïder
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Inscription : 04 janv. 2020, 14:12

Petit poème du livre "apprivoiser la tendresse " de Jaques Salomé :
Pièces jointes
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ptitboutdepoesie
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Corail

Il s'alarme à l'idée que, le regard appris,
Il ne reste des yeux que l'herbe du mensonge.
Il est si méfiant que son auvent se gâte
À n'attendre que lui seul.

Nul n'empêche jamais la lumière exilée
De trouver son élu dans l'inconnu surpris.
Elle franchit d'un bond l'espace et le jaloux.
Et c'est un astre entier de plus.

R. Char
~
"Un jour viendra, nous aurons des rêves à nouveau. Et le cœur vierge de tout passé nous ouvrirons les yeux sur un nouveau monde..."
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