Alors la Poésie est venue

Partages sur la littérature, la poésie, ...
Avatar de l’utilisateur
CellarDoor
Messages : 741
Inscription : 17 nov. 2019, 16:38

Meduse a écrit :
30 déc. 2019, 20:09
L'intonation, le rythme, l'accent, me font terriblement penser à Jane Birkin récitant le poème de son neveu Anno :


The Tower walls at midnight burn,
With fraught desire - the rocks beneath,
Are sharp, and wet with fictions blood.
Someone leaps, the other turns ... but who is who.
Forget what you want, but
Don't forget the link that grew me.
That travels deeply,
Through me in the form of every
Thought that I think.
The Loathing and the Love,
Bubbling together at the
Brink of my emotion.
This commotion started
Long before my face was ever
Etched into the Wall of time.
I have both your madnesses inside.
I am in constant disagreement with myself.
But I cannot leave me.
You both cannot leave me,
Nor one-another, believe me!
I am the ring that won't slip off with soap.
You've broken the armies inside me,
And now they stand poised and opposed ...
Now there is blood.
Now there is love standing, covered in glory,
And honour lies covered in mud.
You and I, Ma, we built too close to the river.
Look at us washing our minds free of fever.
Brushing off bird shit and bad dreams forever.
And never once turning the tide.
Thank you for pains and concerns
That have made me, In turn more
Unhappy and kind.
I am proud to remind them of you.
Avatar de l’utilisateur
Charlotte
Messages : 1214
Inscription : 17 nov. 2019, 13:55

Tête de faune

Dans la feuillée, écrin vert taché d’or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l’exquise broderie,

Un faune effaré montre ses deux yeux
Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches.
Brunie et sanglante ainsi qu’un vin vieux,
Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

Et quand il a fui – tel qu’un écureuil –
Son rire tremble encore à chaque feuille,
Et l’on voit épeuré par un bouvreuil
Le Baiser d’or du Bois, qui se recueille.

Arthur Rimbaud
Image
Avatar de l’utilisateur
---
Messages : 365
Inscription : 13 déc. 2019, 21:31


Do not go gentle into that good night (1951), Dylan Thomas

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day ;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieve it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.
Traduction par Line Audin
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
La vieillesse devrait s’embraser, se déchaîner face au jour qui s’achève ;
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

Même si sur sa fin l’homme sage sait que l’obscurité est méritée,
Parce que ses mots n’ont fendu nul éclair il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

L’homme bon, près de la vague ultime, pleurant
Sur ses frêles exploits dont l’éclat aurait dansé sur une verte baie,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

L’homme insoumis qui s’empare du soleil en plein vol et le chante,
Apprenant, trop tard, qu’il l’a peiné dans sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

L’homme grave, qui, agonisant, voit, vision aveuglante
Que l’œil aveugle pourrait flamboyer tel un météore et se réjouir,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

Et toi, mon père, là-bas sur ce triste promontoire,
Maudis-moi, bénis-moi maintenant de tes larmes de colère, je t’en supplie.
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
La lutte elle-même suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Avatar de l’utilisateur
CellarDoor
Messages : 741
Inscription : 17 nov. 2019, 16:38

LySioS a écrit :
07 janv. 2020, 20:23

Do not go gentle into that good night (1951), Dylan Thomas

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day ;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieve it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.
Traduction par Line Audin
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
La vieillesse devrait s’embraser, se déchaîner face au jour qui s’achève ;
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

Même si sur sa fin l’homme sage sait que l’obscurité est méritée,
Parce que ses mots n’ont fendu nul éclair il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

L’homme bon, près de la vague ultime, pleurant
Sur ses frêles exploits dont l’éclat aurait dansé sur une verte baie,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

L’homme insoumis qui s’empare du soleil en plein vol et le chante,
Apprenant, trop tard, qu’il l’a peiné dans sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

L’homme grave, qui, agonisant, voit, vision aveuglante
Que l’œil aveugle pourrait flamboyer tel un météore et se réjouir,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

Et toi, mon père, là-bas sur ce triste promontoire,
Maudis-moi, bénis-moi maintenant de tes larmes de colère, je t’en supplie.
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
Merci pour ce partage !
Avatar de l’utilisateur
Charlotte
Messages : 1214
Inscription : 17 nov. 2019, 13:55

Où sont maintenant le cheval et le cavalier ? Où est le cor qui sonnait ? Où sont le heaume et le haubert, et les brillants cheveux flottants ? Où sont la main sur la corde de la harpe, et le grand feu rougeoyant ? Où sont le printemps et la moisson et le blé haut croissant ? Ils ont passé comme la pluie sur la montagne, comme un vent dans les prairies, Les jours sont descendus à l'ouest dans l'ombre derrière les collines. Qui recueillera la fumée du bois mort brûlant, Ou verra les années fugitives de la Mer revenant ?

J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux (Les Deux Tours)
Image
Avatar de l’utilisateur
Charlotte
Messages : 1214
Inscription : 17 nov. 2019, 13:55

Je t'aime

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

Paul Eluard, recueil Le Phénix (1951)
Image
Avatar de l’utilisateur
Meduse
Messages : 674
Inscription : 23 nov. 2019, 14:28

Avatar de l’utilisateur
CellarDoor
Messages : 741
Inscription : 17 nov. 2019, 16:38

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d'être loin.

On s'écrit, on se dit que l'on s'aime, on a soin
D'évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l'être en qui l'on met son bonheur, et l'on reste
Des heures à causer tout seul avec l'absent.
Mais tout ce que l'on pense et tout ce que l'on sent
Et tout ce dont on parle avec l'absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh ! l'absence ! le moins clément de tous les maux !
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l'infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n'en rien remonter que de fade et d'amer!
Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu'accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s'étale un aveu délicieux,
N'est-elle pas alors distraite en d'autres choses ?
Qui sait ? Pendant qu'ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu'un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu'elle est très joyeuse et qu'elle oublie ?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

Verlaine
Avatar de l’utilisateur
CellarDoor
Messages : 741
Inscription : 17 nov. 2019, 16:38

Retirez-moi du cœur tous mes jardins d’enfance,
Tout ce qui coule encor de trop tendre en mon sang.
Maintenant que ma vie à sa langueur consent,
Je crains, ô souvenir, votre suave offense.


Les réveils d’autrefois ! lorsque dans les rideaux
Le soleil avivait l’odeur de la cretonne,
Et qu’ébloui de joie et d’azur l’on s’étonne
De revoir le jardin et ses bordures d’eau

Jardin tout engourdi de silence et de somme,
Où l’arbre est encor plein des frais soupirs du nord,
Où, dans l’air insensible et faible, rien encor
Ne bouge, ne travaille et n’appartient aux hommes

Jardin fleuri de buis, de verveine et de nard !
— Enfant qui t’asseyais sous les rhubarbes bleues,
Ton sort était léger comme le hochequeue,
Mais, ivre d’avenir, tu te disais : Plus tard !

Tu te disais : Plus tard, quand ce sera la vie !
Quand mes deux mains tiendront le bonheur vague et doux,
Quand mon cœur infini, mon front et mes genoux
Seront lourds de trésors et n’auront plus d’envie !

Cœur qu’un vent de désir chaque jour déplia,
Tu te disais : Plus tard, au temps des beaux voyages,
Respirer l’air, soufré par de secrets orages,
Dans des jardins pleins d’ombre et de magnolias !

— Enfans, regardez bien toutes les plaines rondes,
La capucine avec ses abeilles autour,
Regardez bien l’étang, les champs, avant l’amour,
Car après l’on ne voit plus jamais rien du monde.

Après l’on ne voit plus que son cœur devant soi,
On ne voit plus qu’un peu de flamme sur sa route,
On n’entend rien, on ne sait rien, et l’on écoute
Les pieds du triste Amour qui court ou qui s’assoit.

— Ah ! si l’on t’avait dit que ce que l’on convoite,
Tandis qu’un beau Juin dehors baigne les prés,
C’est d’être tous les deux, dans l’ombre, à respirer
Les chers secrets dormant au creux des paumes moites.

Pauvre enfant qui jouais ! ah ! si l’on t’avait dit,
Quand ton arrosoir vert inondait les groseilles,
Que tes larmes plus tard, aux gouttes d’eau pareilles,
Crépiteraient ainsi par les soirs attiédis !

Si l’on t’avait appris qu’un cœur toujours malade,
Et blessé chaque soir d’ombre et de volupté,
Ne goûte qu’en mourant l’odeur des roses thé
Dans l’air chaud, remué par les cris des pintades ;

Ah ! si l’on t’avait dit, lorsque sous ton chapeau,
Tu riais de tenir du soleil dans tes lèvres,
Que l’été te serait un jour comme une fièvre,
Et qu’enfin ce serait atroce qu’il fît beau !

Chère douleur ! ô seul brisement délectable,
C’est donc vous que du fond des enfantines paix,
Nous attendions, nous appelions, que j’appelais
Quand les trop doux matins défaillaient sur le sable ;

Vous par qui l’on sanglote et vous par qui l’on rit,
— Rire d’inconsolable et mortelle allégresse ! —
O douleur, gardez-nous, que nous soyons sans cesse
Renversés en travers de vos genoux meurtris.

Qu’importe l’épuisante et l’ardente démence !
L’âpre gloire se tient près des plus faibles cœurs,
Faisons de notre vie, illustre par ses pleurs,
Une ville bâtie au bord d’un fleuve immense…

Anna de Noailles
Avatar de l’utilisateur
Charlotte
Messages : 1214
Inscription : 17 nov. 2019, 13:55

Son corps léger

Son corps léger
est-il la fin du monde ?
c’est une erreur
c’est un délice glissant
entre mes lèvres
près de la glace
mais l’autre pensait :
ce n’est qu’une colombe qui respire
quoi qu’il en soit
là où je suis
il se passe quelque chose
dans une position délimitée par l’orage

Près de la glace c’est une erreur
là où je suis ce n’est qu’une colombe
mais l’autre pensait :
il se passe quelque chose
dans une position délimitée
glissant entre mes lèvres
est-ce la fin du monde ?
c’est un délice quoi qu’il en soit
son corps léger respire par l’orage

Dans une position délimitée
près de la glace qui respire
son corps léger glissant entre mes lèvres
est-ce la fin du monde ?
mais l’autre pensait : c’est un délice
il se passe quelque chose quoi qu’il en soit
par l’orage ce n’est qu’une colombe
là où je suis c’est une erreur

Est-ce la fin du monde qui respire
son corps léger ? mais l’autre pensait :
là où je suis près de la glace
c’est un délice dans une position délimitée
quoi qu’il en soit c’est une erreur
il se passe quelque chose par l’orage
ce n’est qu’une colombe
glissant entre mes lèvres

Ce n’est qu’une colombe
dans une position délimitée
là où je suis par l’orage
mais l’autre pensait :
qui respire près de la glace
est-ce la fin du monde ?
quoi qu’il en soit c’est un délice
il se passe quelque chose
c’est une erreur
glissant entre mes lèvres
son corps léger

Ghérasim Luca
Image
Répondre
  • Information
  • Qui est en ligne ?

    Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité