L'anorexie des jours / Imageries et rêveries d'une narration

A l'heure de la guerre, des champs d'horreur, faire de la terre un champs de fleurs.
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Peb
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Inscription : 05 déc. 2019, 19:12

Des kilomètres défilent.

Non,
ne vous attendez pas à être derrière une vitre poussiéreuse, à observer d'autres conducteurs, ou encore au point de vue d'un narrateur sous une visière embuée par son souffle.

Non,
ne vous attendez pas à la lumière des phares qui s'amusent à se réverbérer dans les rétroviseurs, arrachant le pénible à l’œil et gravant la distorsion lumineuse.

Des kilomètres sur des semelles qui s'usent.

Chemins de campagnes.

Boues stagnantes, béton impacté des roues agressives des tracteurs.

Des chiffres, des panneaux, des noms de villages, voilà l'anorexie des jours.
Quand le confort moderne rétrécit pour n'être qu'une retrouvailles douloureuse avec soi-même; avec son propre corps, avec son propre regard.

Apercevoir à l'horizon l'arrivée sans qu'elle soit proche, toujours sur les mêmes sillons que d'autres ont tracés.

Le narrateur, sous un bonnet noir d'un coton bon marché avance au pas lourd, dans ce que d'autres poètes ont appelés " vent mauvais ", mais c'est ce qu'il se dit lui, c'est ce qu'il se murmure sur les ondées invisibles, ce n'est pas le vent qui est mauvais mais l'humeur de celui qui porte son avis sur la respiration des Terres.

Il observe les lettres onduler sur l'étang du Chêne Moqueur, car il le sait, lui, que le vent parle.

Regardez le converser avec les arbres, quand l'écorce craque et que les râles des centenaires s'enfuient sur son parcours.
Regardez encore l'eau poussée en vagues contre les berges poreuses, rendues vivantes et attirées par l'odeur de la mer, pourquoi ces gouttes ont-elles échouées ici ?

Dimanche de randonnée sauvage, le narrateur doit rentrer chez lui et quand il ne reste que les pieds pour faire avancer ce véhicule trop habitué à rester endolori, assis, depuis l'enfance, sur des chaises inconfortables.

Qu'il est bon pour lui de ressentir à nouveau l'appel des forêts, l'appel des forces intérieures.

Manteau noir, chaussures beiges, voilà deux jours qu'il traîne dans le même pyjama.

Deux cafés dans le ventre en guise de repas, le voilà parti affronter la distance à deux chiffres.

L'anorexie des jours se dessine.

Il porte un petit sac à dos, rempli d'affaires propres, mais il n'a trouvé l'utilité à se changer, pourquoi fuir ses propres odeurs quand elles ne sont que notre propre identité ?

Les convenances humaines vous pourriez lui répondre.
E.L
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Inscription : 02 déc. 2019, 10:47

Le lecteur se souvient de ces arbres qui parlent.
Ils en ont fait du chemin à travers ce beau narrateur.
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Peb
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Inscription : 05 déc. 2019, 19:12

" Tu la vois l'anorexie des jours ?

C'est quand les placards se vident, quand l'abondance laisse place à la désertification. Quand les cendriers se vident mégot par mégot pour donner vie à de nouveaux mégots, bien plus puants que les premiers. Parfums de cendres et de goudrons.

Tu la vois l'anorexie des jours ?

C'est quand le gras fond pour ne démarquer plus que le muscle fatigué, quand les joues se creusent. Quand la survie devient un jeu, jour après jour à rationner le peu des restes, bien plus minces que ceux d'hier. Goût de répétitions et de carences.

Tu la vois l'anorexie des jours ?

C'est quand il ne reste que le cœur pour donner motivation au corps, quand le mal de dos s'oublie pour marcher de nouveau vers un nouveau temple de la consommation. C'est quand on prie que le prix ne soit pas trop excessif. Toucher de bois creux et d'espérances.

Tu la vois l'anorexie des jours ?

C'est quand la vision se perd d'user le périssable jusqu'au delà des dates recommandées, quand les consommables passent plus vite que les calendriers. Reprendre l'autoroute de la course contre la montre, partir à l'heure avancée pour ne pas rater les fermetures.

Tu la vois l'anorexie des jours ?

C'est quand la voix est enrouée, quand le microphone gît comme un cadavre dans la pièce froide. C'est l'inspiration qui fait mal aux poumons, c'est le dépit d'une gorge qui doit se taire pour ne pas se blesser plus. Quand la gorge a des arrêtes tranchantes. "


Le narrateur se lève tard, jour de repos. Si vous pouviez voir l'état de son bureau, semblable à son mental, quelle peine vous auriez pour lui, lui qui sourit malgré les propres tombes pécuniaires qu'il se creuse seul.
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